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Du “Merde in France” au “Made in France”: comment la mode nouvelle génération se réinvente

Gérald Cohen published an article for L’Obs|Le Plus – 10/29/2015

 

LE PLUS. La France est-elle celle de “la lose” ? Pas dans tous les domaines, pour notre contributeur Gerald Cohen, qui travaille dans la mode. Pour lui, les jeunes marques, inventives, ont réussi à faire de notre pays un synonyme de qualité et de bon goût. Tout ne serait donc pas perdu.

Édité et parrainé par Audrey Kucinskas

Olivier Rousteing, jeune Français à la tête de la maison Balmain (SIPANY / SIPA)

Olivier Rousteing, jeune Français à la tête de la maison Balmain (SIPANY / SIPA)

Selon un rapport de l’Insee paru récemment, de plus en plus de Français quittent la France, et le solde migratoire diminue.

 

Même les migrants en provenance de Syrie ou d’ailleurs, préfèrent s’installer en Allemagne, en Angleterre et dans les pays nordiques, plutôt qu’en France, qu’ils contournent soigneusement ; à croire qu’ils sont tous abonnés au “Financial Times” ?!

Nos économistes réfléchissent même à la mise en place d’un Smic intermédiaire qui permettrait aux entreprises d’engager les jeunes en fin de stage.

Et pourquoi pas un projet de Smic mondial indexé sur le salaire minimum du Bangladesh ?

  

Une mode qui fleure bon la France 

Et dans le milieu de la mode alors ? Heureusement, les choses bougent. 

Paul Van Haver, alias Stromae, fait danser la France sur des textes joyeusement déprimants où se mêlent huissier et gueule de bois. 

Il est à la tête du Collectif Mosaert qui a réalisé une collection en série limitée, délicieusement rétro et “Made in Europe”, qu’il a commercialisée chez Colette. 

Quant à Simon Porte Jacquemus, un des stylistes les plus prometteurs de sa génération, il est porteur d’un véritable univers.

Loin de la mode girly des Maisons de Luxe, il préfère les filles françaises, rustiques, qui sentent bon les provinces d’autrefois. 

Des jeunes filles qui “montaient” à Paris pour tenter leur chance.

Une campagne à la Grande Motte

Alors que les grandes Maisons nous proposent des défilés ou des campagnes de publicité photographiées dans des destinations hors de prix, Simon nous emmène à La Grande Motte où il passait ses vacances en famille. 

Pour sa vidéo de présentation de l’Hiver 2013-2014, sa collection était portée par des jeunes femmes autour d’un thème inhabituel : “la glande”.

Le film "la piscine" de Jacquemus

Le film “la piscine” de Jacquemus

Il y a aussi le style “normcore”, qui promeut la normalité par rapport à la sophistication supposée des hipsters et autres “fashion victims” bling.

Son objectif : se fondre dans la masse. Il influence les adeptes de la contre-culture grunge, les post-adolescents adeptes de la révolte molle, jusqu’au sommet de l’État.

Mais cet humour décalé, ce désespoir de façade, cache une vraie inquiétude de l’avenir de la part des jeunes Français.

 

Le début du soft bling

Après la crise de 2008, on assiste à la fin du bling-bling et le début du soft-bling. Les grandes Maisons évincent les D.A stars des années 2000 pour recruter parmi la nouvelle génération de Directeurs Artistiques anonymes, ou presque.

Proches de la réalité, ils n’ont pas la grosse tête : Christelle Kocher présente sa Collection à un public de “vraies gens” dans la Cour Carrée des Halles.

La marque Vêtements de Demna Gvasalia, récemment arrivée chez Balenciaga, défile dans un restaurant Chinois de Belleville.

Aujourd’hui, la nouvelle génération de marques croit à un sursaut collectif qui amènera les acheteurs à consommer français et responsable.

 

“Made in France” dans l’air du temps

En trente ans nous sommes passés du “Merde in France” de Jacques Dutronc au “Made in France”, aujourd’hui premier au Top 50 de l’air du temps.

Les jeunes marques françaises n’ont pas la possibilité de produire en Asie, du fait de leur faible volume de production.

Éco-réalistes, elles sont à l’origine de la renaissance du “Made in France” et même du “Made in Paris. Encouragées par les pouvoirs publics, la presse et l’opinion, elles vont contribuer à la création d’emplois locaux.

Les banlieues des grandes villes vont redevenir des centres de production, le quartier du Sentier pourrait redevenir un centre de fabrication de la mode “Made in Paris” mais également le quartier d’incubation des nouvelles technologies.

Les marques européennes mettent en avant leurs ouvriers et leurs usines pour revendiquer leur nationalité et la qualité de leurs produits.

La traçabilité est devenue le maître-mot de la production et de la nouvelle consommation.

 

Des professionnels sur leur lieu de travail

Alors qu’ils étaient jusque-là invisibles, on assiste à la mise en scène des professionnels sur leur lieu de travail : depuis ma table de restaurant, je vois le cuisinier s’activer sur ma commande, et c’est désormais sous mes yeux que les spécialistes de l’automobile réparent ma voiture fabriquée à l’étranger.

Dans un pays qui a perdu son tissu industriel, la valeur du travail manuel réalisé devant nous ou chez nous est devenue la garantie d’un travail de qualité, et l’assurance de ne pas le voir partir à l’étranger.

 

Emboîtons le pas à Montebourg !

Arnaud Montebourg, qui fut un imaginatif ministre du Redressement productif, n’hésite pas à se mettre en scène non plus.

Pour soutenir le “Made in France”, il avait même enfilé une marinière Armor-Lux et pris la pose pour un magazine populaire, “Le Parisien Magazine”.

Désormais, la marinière est présente dans toutes les collections de l’été prochain, et elle est devenue l’étendard de la nouvelle génération.

Il est urgent d’emboîter le pas à ce genre d’initiatives.

L’essentiel, c’est que tous ces jeunes prennent la France en mains.

 

Enfin.

 

 

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Posted on: Thursday 12 November 2015   Comments 0

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