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Mon Interview pour TECHNIKART : LE LAID EST UNE TENDANCE ?

LE LAID EST IL UNE TENDANCE A PROPREMENT PARLER ?

La beauté n’a jamais été un impératif en MODE. Etre à la Mode ne veut pas dire savoir distinguer le BEAU du LAID, mais adopter la tendance comme signe extérieur d’appartenance au groupe.
Intuitif et ultra sensible le CREATEUR DE MODE décèle ce qui peut devenir la « tendance ». Il respire les envies inscrites dans l’air. Il saisit les fluctuations de l’envie et de l’ennui du suiveur qu’il mène du COURT au LONG, du BLACK au POP, de l’OVER au SLIM, du TOTAL LOOK à l’ECLECTISME, du KITCH au MONACAL. C’est le processus créatif qui édifie et élève au rang de BEAU.
La Mode est amorale, ce qui fut un jour décrié sera un jour encensé, pour être encore décrié. Inconstant, le Designer, se tourne vers le LAID d’hier et le voilà IN à nouveau.
Le DESIGNER va désigner une chose, une couleur, une coiffure une attitude comme IN. Il va la pointer du doigt comme désirable, donc BELLE et à adopter sans faute au risque d’être OUT .Et que c’est LAID d’être OUT.
LANCER une mode, c’est précisément distinguer un comportement, un vêtement, une couleur et les définir comme BEAUX, et ce alors qu’ils n’ont rien de BEAU intrinsèquement du point de vue de l’Esthétique pure. Ni beau ni laid d’ailleurs
Ainsi au XIXe être IN c’est être RICHE donc être GROS, et donc pas BEAU.
Alors pour répondre à la question, OUI la MODE peut se servir dans le registre du LAID selon l’Esthétique pure, pour l’auréoler.

 

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EST-IL DESTINE A BROUILLER LES CODES DE L’ESTHETIQUE OU AU CONTRAIRE LES RENFORCER ?

La MODE est un domaine à part. Elle n’est pas l’Esthétique pure, qui peut se montrer classique, conservatrice, voire morale dans sa quête du BEAU. La MODE est un îlot indépendant, une aire de liberté, d’innovation, d’observation. C’est un LABORATOIRE, un OBSERVATOIRE.
La Mode repousse les limites de l’Esthétique, en détourne les valeurs. Elle interagit avec l’Esthétique en distillant un nouvel abord, un nouveau regard sur les phénomènes.
Elle peut aller jusqu’à l’influencer tant son champs d’application est vaste, tant elle est regardée, suivie et crainte.
L’homme préfère le BIEN au MAL et le BEAU au LAID. Je me souviens très précisément du matin d’hiver où j’ai croisé un bossu impeccablement sanglé dans son costume qui devait être coupé à ses mesures. D’une taille légèrement supérieure à la moyenne, solide, très carré, les cheveux courts coupée en brosse, rasé de prés il portait avec charisme sa petite soixantaine d’années. Ses bottines de cuir noir, également sur mesure, étaient impeccablement cirés. Par la main il tenait une fillette de 7 ans qui devait être la sienne. Elle avait les cheveux d’un très beau roux sombre, très bien coiffés. Elle portait un manteau vert sapin aussi bien coupé que le costume noir de son père. Posté dans le froid glacial de ce dimanche matin, à l’angle de la rue des Petits Champs et de la rue Sainte Anne ils avaient l’esthétique du diable et la poésie d’un film de Marcel Carné, Dans un monde obsédé par une beauté normé ce couplé était le vestige d’un monde ou la science laissait encore sa place au hasard et à l’étrange. Cette vision fantastique ne m’a pas quitté depuis 20 ans. « La beauté cachée des laids, des laids » chantait Gainsbourg, encore faut il avoir le talent de savoir la mettre en scène..

LE LAID EST IL UN ETAT IMPERATIF DANS LE CYCLE DE LA MODE? AFIN DE MARQUER, MAINTENIR LE DESIR DES CONSOMMATEURS..?

L’impératif ce n’est pas le LAID, c’est la SURPRISE, la NOUVEAUTE
Alors évidemment, l’économie, la consommation, vont influencer la MODE
Mais être à la MODE, c’est se distinguer, être ORIGINAL. EXTRA – ORDINAIRE
Pour ceux qui Désignent les phénomènes comme étant IN, et créant ainsi une mouvance, un BUZZ, une tendance, Il s’agit effectivement d’éveiller le regardant
Créer la SURPRISE relève parfois du défi, voire du pied de nez, en réactualisant ce que l’on tenait pour devenu has been, moche quoi.
La surprise peut aussi venir du retour en grâce d’objets, d’accessoires et de vêtements anciens à la faveur d’une crise existentielle ou économique : On assiste ainsi au grand retour des insignes religieux chez les hippies des années 60 pour contrer le vide spirituel de la société de consommation. L’impensable retour en force du Loden, des toiles monogrammées, des accessoires iconiques des anciennes grandes Maisons à la faveur de la crise de 87 et de la naissance de la mode VINTAGE qui accompagnera la renaissance des maisons centenaires et la naissance des groupes de LUXE soutenue par la finance.
Mais aussi à l’apparition d’imprimés braillards chez Prada qui s’opposent au minimalisme markétée de la mode italienne et américaine des années 90.
La mode impose sa loi, certain n’hésitent pas à parler de DICTATURE. Le laid est un état impératif dans le cycle de la mode afin de marquer, maintenir le désir des consommateurs. La LIBERTÉ c’est d’imposer de nouveaux dictâtes : La robe en viande de Lady Gaga, les poils de Madonna, les actrices hors normes de Pedro Almodovar. Autant de « NO GO ZONE» devenu des must, des références absolues de la MODE.

« La laideur se vend mal  » écrivait Raymond Loewy, grand le maître du packaging, il pose au début des années 50 les bases du merchandising si cher aux marques de luxe d’aujourd’hui. Objets de répulsion pendant des décennies les marcels, Tongs, baise en ville, short pour hommes et autres accessoires BOF deviennent HYPE au début des années 2000 sous la direction artistique des marques des grands groupes en mal de nouveautés ou de renouveau .
Le BEAU est partout et la LAIDEUR dans le regard normé des professionnels du marketing qui s’opposent aux Créateurs dont Karl Lagerfeld chez Chanel qui fait défiler des ménagères dans des hypers marchés.

EST-IL PORTE PAR SNOBISME ?

Si par snob on entend du DISTINCT, ORIGINAL il est des objets de désir qui succombent au goût du « laid » Faire du BEAU avec du MOCHE : La SKODA communistes l’a finalement emporté sur l’opulence luxueuse des belles américaines. Au cinéma le PIBULL des banlieues a détrôné le dalmatien. Dénoter est une forme de snobisme. Le laid d’avant devient le beau d’aujourd’hui.
Le snobisme n’existe pas en mode sauf quand un détail est chopé par des milliers de SUIVEURS. Les dandys, le plus souvent mal aimés ou ignorés dans leur enfance, décident de faire de leur vie une œuvre d’art. Ils inventent une foule de postures et de détails MAL FOUTU qu’emboitent les gens heureux, les sans âmes, les bourgeois en mal d’originalité. Giovanni Agnelli avait pour habitude, inutile mais remarquable, de  porter sa montre par dessus le poigné de sa chemise. Michel Houellebecq fume sa cigarette entre l’index et le majeur. Bernard Henry Levy porte sa chemise blanche déboutonnée et ouverte aux poignés.. Symboles de leurs indépendances.

POURQUOI RECHERCHE T’ON DELIBEREMENT LA LAIDEUR OU L’EXTREME ?
La pression constante du discours politiquement correct, les avancées constantes de la recherche et des nouvelles technologies ont progressivement forcés les portes du monde clos de la Mode, et du monde, mais aussi le besoin de provoquer l’attention du public amènent les créateurs à aller chercher plus loin : Courageux et avant-gardiste Yves Saint Laurent avait été parmi les premiers Couturiers à faire poser des mannequins noirs au début des années 70. Provocateurs en 2000, Mc Queen et Jean Paul Gaultier font défiler des mannequins accessoirisés de leurs prothèses, et même un SDF. AUJOURD’HUI Amie Brewer, actrice et mannequin atteinte de trisomie 21, vient de défiler à Fashion Week de New York. Winnie Harlow, mannequin atteinte d’une dépigmentation de la peau est devenue l’égérie de Desigual. Les fesses de Kim KARDASHIAN à la limite de la normalité font un BUZZ mondial.

La Mode est aujourd’hui aux mains des grands groupes et de la finance qui ont accéléré les cycles après avoir compris le mode de fonctionnement des créateurs initiaux, Elle répond à un mécanisme de création, de maintien en éveil du REGARDANT relevé par les industriels et leurs actionnaires à la recherche d’une progression à deux chiffres de leur chiffre d’affaire.
Les grands groupes le répliquent de façon accélérée. Cela donne lieu à des cycles de mode multi facettes de plus en plus court. Il n’y a plus de mode mais plusieurs modes. Les créateurs peinent à suivre le mouvement des chaises musicales qui les font passer d’une maison à l’autre. Ils sont remplacer par des bancs de juniors coaché par des as du marketing : « des équipes créatives », c’est extrêmement laid 😉

Posted on: mercredi 10 juin 2015   Comments 0

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